Observatoire de l'Enfance, de la Jeunesse et de l'Aide à la Jeunesse

Le non recours au droit et aux services d’enseignement et de formation : réalités et leviers

L’objet de cette recherche, attribuée à l’Observatoire des non-recours aux droit et services (Odenore) consiste à éclairer le non-recours au droit et aux services d’enseignement et de formation1 à la lumière du vécu, des expériences, des pratiques et des représentations des jeunes de 15 à 24 ans. Le but est comprendre les raisons du non recours ou des sorties prématurées et de rendre compte d’explications pouvant mener à des recherches de solutions.

La définition retenue du non-recours permet d’adopter une vision englobante des multiples réalités et formes qu’il recouvre, non réduite au droit à des prestations financières : « le non-recours renvoie à toute personne qui en tout état de cause ne bénéficie pas d’une offre publique, de droits et de services, à laquelle elle pourrait prétendre »2. Précisons que le non-recours ne se limite pas aux situations de décrochage scolaire, même si celles-ci en sont une variation.

Méthodologie

La recherche a été menée en plusieurs étapes :

1. Travail de documentation sur la diversité de l’offre d’enseignement et de formation en Fédération Wallonie-Bruxelles ;

2. Délimitation et schéma explicatif de la notion de non recours avec un groupe référent composé d’une douzaine d’acteurs actifs dans des structures d’enseignement et de formation diverses ou en prise au phénomène quotidiennement. Des entretiens téléphonique préalables ont également eu lieu avec un groupe plus large d’acteurs ;

2. 20 entretiens semi-directifs auprès de jeunes de 15 à 30 ans ;

3. Groupe de qualification mutuelle composé de jeunes et de professionnels permettant de valider les résultats par les jeunes et les professionnels et également de les mettre en dialogue ;

4. Lignes de questionnement en vue de la création d’un module de questionnaire (quantitatif) sur le non recours aux services d’enseignement et de formation. 

Résultats

Les résultats de la recherche montrent tout d’abord que plus que l’origine sociale, la fragilisation de l’ancrage familial joue un rôle déterminant sur l’aspect chaotique du parcours scolaire. De nombreux jeunes ont également un manque de confiance en autrui et certains un sentiment d’être lésés, voire victimes des fonctionnements sociaux. 

Cependant, si les conditions existent, les jeunes sont en mesure de tirer profit de leur parcours difficile pour se projeter dans l’avenir. Cette projection est d’ailleurs très classique : ils aspirent avant tout à avoir un travail, une famille et une maison.

La mobilisation de la notion de parcours permet d’éclairer les dynamiques à l’œuvre, les entrées et sorties, les enchaînements et les superpositions de non recours, les ruptures de trajectoire, la réversibilité des situations, etc. La récurrence des temps de non recours, souvent multiples, prend des formes différentes, dans des contextes divers. Ils peuvent prendre la forme du décrochage scolaire, s’exprimer lors de la confrontation au marché de l’emploi, lors des intentions de retour vers la formation qualifiante, etc. L’analyse pointe également les singularités et régularités des parcours des jeunes, apporte des informations sur les éléments signifiants.

Bien que la recherche soit basée sur une approche compréhensive, le rapport n’écarte pas les facteurs structurels et la parole des professionnels. Ces derniers expliquent le non recours des jeunes par six facteurs principaux qui s’articulent et finalement dressent le portrait d’un manque de reconnaissance sociale comme explication principale :

  1. précarité socio-économique ;
  2. représentation que les jeunes ont de leurs droits ;
  3. états physiques et psychiques détériorés ;
  4. fonctionnement excluant du système éducatif ;
  5. manque de moyens humains et financiers ;
  6. fort ressentiment à l’égard des institutions et des professionnels, mais aussi des jeunes vis-à-vis d’eux-mêmes.

Parmi les facteurs structurels, les discours des jeunes et des professionnels pointent un système d’enseignement perçu comme propice à la sélection des élèves entre établissements, des stratégies d’évitement institutionnelles, ainsi qu’un processus de ségrégation scolaire. Par ailleurs, les enseignants et formateurs seraient dépossédés de leur propre outillage pédagogique et de l’expertise sur leurs pratiques professionnelles, dans un contexte où les moyens attribués à l’accompagnement des élèves en difficulté se révèlent insuffisants.

L’analyse des entretiens auprès des jeunes démontre que le recours et le non recours à des dispositifs s’appuient sur les mêmes ressorts : ce qui peut éloigner un jeune, peut aussi bien le ramener vers un service. Et, si les raisons sont diverses, elles peuvent s’expliquer par un manque de reconnaissance sociale qui ne demande qu’à être reconstruite.

Le rapport met en exergue certains points typiques des parcours scolaires de ces jeunes : le sentiment de ne pas être concerné par l’école, les petits décrochages de l’intérieur, la rupture lors du passage en secondaire, un processus de marginalisation support d’une construction identitaire, etc.

Ce non concernement peut devenir une non adhésion au système et le décrochage peut alors intervenir comme élément libérateur.

Le retour dans un parcours d’enseignement ou de formation est vécu comme un parcours du combattant, que ce soit au niveau de l’information, de l’entrée en formation, des tests de niveau ou encore de la recherche d’un stage. Des difficultés se révèlent aussi pour ceux qui souhaitent revenir vers l’enseignement secondaire après un passage en formation professionnelle. C’est notamment dans ces cas, que la nécessité d’un maillage institutionnel fort pour accompagner les jeunes se fait sentir.

Ce retour se construit petit à petit grâce à la rencontre d’« autrui significatifs », au travail sur soi avec l’âge qui avance, au « déclic » lié à la rencontre amoureuse ou du « bon » professionnel qui renouvelle alors le rapport aux institutions.

La recherche détaille tous ces éléments qu’ils soient structurels ou sociologiques et dresse des pistes de recherche de solution, ainsi que des lignes de questionnements, à introduire dans une enquête quantitative par questionnaire, autour des facteurs d’activation du non recours, du besoin de reconnaissance et des indices de recours ou de non recours.

L’ODENORE a réalisé une synthèse de cette recherche sous forme d’un cahier, téléchargeable en suivant ce lien :  https://odenore.msh-alpes.fr/documents/wp20.pdf

À téléchargerRapport de recherche 


(1)  Les services d’enseignement et de formation sont définis de manière large. Il s’agit en effet de tous les services dispensant une formation considérée comme initiale.

(2) Warin, Philippe, Le non recours : définition et typologies, Working paper n°1, Observatoire des non-recours aux droits et services, juin 2010, Grenoble, France.

L’Odenore propose une typologie en quatre grandes formes de non recours, chacune ayant des raisons multiples répertoriées et expliquées dans leurs différents travaux :

  • La non connaissance : la prestation n’est pas connue ;
  • La non demande : la prestation est connue, mais pas demandée ;
  • La non réception : la prestation est connue, demandée, mais pas obtenue ou utilisée ;
  • La non proposition : la prestation n’est pas proposée, que le destinataire potentiel la connaisse ou pas.