Observatoire de l'Enfance, de la Jeunesse et de l'Aide à la Jeunesse

Qu'ont à nous apprendre les NEET's ?

La démarche

L’Observatoire a lancé à l’automne 2012 une enquête qualitative auprès d'un échantillon diversifié de 31 jeunes de 18 à 30 ans qui rentrent dans la définition des "NEETs", c'est-à-dire des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni aux études, ni en formation.

La recherche envisagée part du point de vue des jeunes concernés afin de comprendre au mieux la situation qu'ils vivent et la manière dont ils la vivent.

L'idée centrale consiste à considérer que ces personnes peuvent mobiliser une attitude réflexive sur leur situation et leur trajectoire et que cette analyse peut mettre à jour des éléments du « flux de la vie » non pris en compte par la réalité telle qu'elle est instituée, notamment par les marchés du travail, de l'enseignement et de la formation – mais aussi du logement- et par les politiques qui contribuent à les produire.

La recherche s'est intéressée en priorité aux jeunes qui présentent la plus grande vulnérabilité, c'est-à-dire les jeunes qui disposent, en première analyse, de capitaux culturels, économiques et sociaux plus faibles et semblent le moins susceptibles de pouvoir sortir facilement, sur base de l'activation rapide de leurs capitaux, de la situation de NEET.

L'objectif est d'identifier, au travers de ces témoignages, les facteurs qui accentuent ou au contraire neutralisent les vulnérabilités engendrées par la situation afin de pouvoir fonder des politiques publiques de soutien qui évitent la stigmatisation ou l’aggravation des vulnérabilités de ces jeunes.

Cette recherche s'inscrit dans la continuité des recherches récentes commanditées par l'Observatoire sur les transitions problématiques vécues par les jeunes et sur les parcours improbables des jeunes passés par des dispositifs d’aide.

La recherche a été confiée à RTA qui a proposé une méthode d’enquête participative tenant compte des particularités du public visé et des difficultés à le contacter.

Les enseignements

Lorsqu'ils décrivent leur situation, ce qui l'a produite et ce qu'ils tentent  dans ce cadre, les jeunes interrogés nous montrent l'inadéquation des représentations de sens commun à leur égard. Les jeunes rencontrées ne sont en effet  pas « désactivés » : les nécessités de leur survie les sur-occupent. Il y a donc un énorme travail à faire sur les représentations dominantes qui opèrent à partir de la catégorie de l'« activation ».

Les chercheurs rappellent à cet égard que le mécanisme réel de la stigmatisation - soit le discrédit durable et profond jeté sur une personne ou un groupe, au départ d'un attribut - est très présent dans bien des situations rencontrées.

La situation des jeunes rencontrés correspond en fait aux effets d'un processus de désaffiliation qu'ils s'efforcent d'endiguer. Pour le dire en un mot, les processus de désaffiliation observés sont aussi des processus de désubjectivation : les jeunes se voient dépossédés de leur possibilité d’advenir en tant que sujet. Les trajectoires qui ont été confiées aux chercheurs montrent que les difficultés d'intégration et d'insertion alternent, se renforcent mutuellement, cumulent leurs effets pour constituer cet engrenage de désubjectivation ; bien des personnes interrogées se sont senties par exemple plus formatées que formées et les nouveaux « standards » des politiques sociales d’insertion et éducatives (soutien au projet individuel, à l'autonomie, à la créativité...) se révèlent bien peu effectifs.

Pour faire pièce aux interprétations dominantes, les chercheurs proposent une conception non romantique du sujet, qui devrait permettre de mieux comprendre les difficultés de subjectivation auxquelles sont confrontées tant de jeunes concernés par la situation et d'imaginer des façons de mieux les aider.

Les récits recueillis obligent également à évoquer l'existence de facteurs aggravants, agissant au niveau des interactions entre les professionnels et les « bénéficiaires ».

Un premier mécanisme isolé dans les récits consiste en une logique d' « optimum activatif » inadéquatement déployée par certains agents.

Un deuxième mécanisme est la mise en œuvre des procédés attribués aux « institutions totales », et qui ont pour effet de détruire l'autonomie culturelle du sujet : dégradation de l'image de soi, contamination, rupture du sujet avec ses actes, effets aliénants... qui peuvent conduire à la mise en œuvre de procédés de destruction culturelle.

Les chercheurs ont donc construit un modèle d'analyse des pratiques d'aide sociale qui pourrait permettre aux agents de se prémunir de la mise en œuvre de tels procédés et ont proposé un modèle alternatif d'intervention pour les agents professionnels, qui s’affranchirait du mélange d'aide et de contrôle dont l'exercice s'impose aux agents.

Ils rappellent in fine qu'une plus grande vigilance au niveau des pratiques professionnelles ne suffit pas, loin s'en faut, pour réduire les violences symboliques dont ils constatent l'intensive présence et plaident pour un changement radical de cap au niveau des politiques structurelles.

Pour eux : « C'est le modèle de l'Etat social actif qui doit être ici mis en cause, parce qu'il n'a pas tenu ses promesses de protection sociale plus étendue, plus dynamique et plus individualisée ; au contraire, sa mise en œuvre a consacré une série impressionnante de régressions. »

Les personnes interrogées apparaissent ainsi comme un analyseur des politiques sociales et de leur violence symbolique.

À télécharger :

Le rapport complet est disponible ici : Qu'ont à nous apprendre les NEET's?

Le résumé (en français) est disponible ici : Neet_Résumé

Le résumé (en anglais) est disponible ici : Neets_Abstract


Synergies:

Cabinet de la ministre de la Jeunesse et de l’Aide à la jeunesse, Service de la Jeunesse, Direction Genérale de l’Aide à la Jeunesse, IWEPS, Direction de l’égalité des chances, Conseil de la jeunesse.